Pourquoi Nous Fermons ?

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Tierry AsquierPar le Dr. Thierry Asquier, Délégué UFML 06

Pourquoi nous fermons nos cabinets médicaux ? 

Parce que la future loi santé consacre la fin de la médecine libérale, humaine et personnalisée au profit d'une médecine publique, administrée et déshumanisée. 

L'essence du soin concerne le médecin et son patient dans une relation intime, protégée par le secret, unique et sous-tendue par la confiance et le respect mutuels. Cette confiance s'élabore par choix, se construit dans cette réciprocité, impliquant un médecin compétent et responsable, seul face au patient qui attend et espère cette nécessaire compétence, dans l'échange sincère du colloque singulier.  

Parce que le prisme de l'économie de la santé occulte la financiarisation masquée du soin. 

Le véritable défaut d'accès aux soins correspond aux secteurs dans lesquels l'assurance maladie s'est désengagée au profit du système des assurances complémentaires, autorisées à constituer des réseaux fermés en contrepartie d'actions de santé publique, néanmoins jamais réalisées.  L'absence de médecin représente le véritable danger du défaut d'accès aux soins.  La perte de la liberté d'installation, incluse dans la loi santé, donnera le coup de grâce aux velléités des quelque médecins désireux de s'investir dans la médecine de proximité déjà largement menacée avec moins de 10 % d'internes qui s'installent au sortir de leur cursus universitaire.  

Parce que le secret médical est menacé par cette loi Santé.   Le partage de l'ensemble des données de santé par le cadre du dossier médical partagé obligatoire , mais aussi par le Tiers payant généralisé via la transmission des codes CCAM aux organismes payeurs complémentaires, impliquera nécessairement la disparition de cette pierre angulaire de la confiance et de l'indépendance  de la relation thérapeutique, indispensable pour une médecine de qualité.  Le fantasme des économies espérées ne peut pas justifier la réalité d'une dégradation inévitable de la qualité des soins, qui sera inévitablement responsable de dépenses médicales et sociales accrues.  Les organismes d'assurance complémentaires seront les seuls bénéficiaires de cette rupture du secret, permettant une prévision individuelle des risques de dépenses de santé, probablement source de majorations individuelles des cotisations, déterminant la rupture d'égalité de traitement solidaire des dépenses de santé.   

Parce que la conception idéologique de la santé n'est pas efficiente ni en termes d'économie de la santé ni en termes de performance et innovation des soins.  Le secteur hospitalier privé représente 60 % de l'activité chirurgicale, est pionnier dans les soins ambulatoires, participe à la permanence des soins sur l'ensemble du territoire pour un coût 20 à 30 % moindre pour la collectivité et représente un vivier d'emplois stables. Cette médecine de qualité, attractive et performante malgré une tarification moindre sera inévitablement dégradée par un système de gouvernance uniquement administrative centrée sur l'hôpital public.   Parce que l'assujettissement des médecins aux financiers et aux financeurs du soin, via le Tiers Payant Généralisé, multipliera les conflits d'intérêt dont les grands perdants seront les patients. La santé ne peut pas se décliner de façon statistique et globale, seule l'économie de la santé le peut. La recherche du meilleur traitement est déontologique et éthique, sous la responsabilité exclusive du médecin. L'emprise comptable à laquelle nous serons soumis de façon constante menacera de façon implicite notre exercice dans une obligation de conformisme et d'obéissance à des stratégies diagnostiques et thérapeutiques normées et autorisées par nécessité ou choix économique plutôt que par réflexion médicale personnalisée. Le travail médical n'est pas un organigramme général opposable à tous, le soin n'est pas uniquement une statistique car les particularités de chaque individu imposent cette singularité et de la souplesse, ce qu'interdit la loi.  Les obligations, les protocoles, les cadres imposés par les structures étatiques ne peuvent pas être les garants de cette indépendance indispensable pour l'exercice éthique de la médecine.  

Parce que la création de nouveaux métiers issus de la parcellisation de la médecine et sous-tendus encore et toujours par la recherche obsessionnelle, mais uniquement comptable, d'espérées économies financières, aboutira à la dilution des responsabilités et à la multiplication des risques d'erreurs médicales dont le patient pâtira.  

Parce que légaliser et généraliser le "testing" revient à considérer le médecin non pas comme un ciment social, protecteur de la personne quels que soient son origine et son statut social, tel que nous le jurons lors de l'obtention de notre diplôme, mais comme un menteur potentiel, qui trahirait son serment. La défiance permanente et généralisée ne peut pas permettre un exercice serein, base d'une pratique de qualité.   

Parce que l'exercice de la démocratie face à un bouleversement sociétal majeur et nécessaire, gagnerait à ce que la réflexion et les décisions soient partagées avec l'immense majorité des acteurs et des bénéficiaires du système de santé, plutôt que de leur être imposées par une loi, même si celle-ci suit le processus démocratique que nul ne veut remettre en cause, mais qu'il est important d'enrichir par la pluralité et la diversité de nos compétences et de notre expertise.

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