L'interview de la semaine 5

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Interview d'une adhérente

anonyme femme

Bonjour,

Vous êtes adhérent UFML et avez accepté de répondre à quelques questions. Je vous en remercie.

 

Q : Auriez vous l’amabilité de vous présenter (nom, âge, spécialité, type et secteur d’activité, lieu d’exercice) ?

R : Bonjour, j'ai 50 ans et je suis psychiatre à Paris en secteur 3.

 

Q : Pourquoi avez-vous choisi la médecine ?

R : Au début pour faire comme mon père que j'admirais beaucoup puis je me suis passionnée pour la psychiatrie.

Je m'essoufflais en médecine que je trouvais trop limitée. La psychiatrie avec son ouverture sur les sciences humaines et sa complexité m'a permis de satisfaire ma soif d'apprendre et ma curiosité intellectuelle. Je suis chaque jour fascinée par l'infinie diversité des patients et par la créativité du psychisme humain.

 

Q : Dans l’exercice de votre métier, aujourd’hui, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile ?

R : Le temps consacré à l'administratif en particulier avec l'URSSAF qui par exemple pour la troisième année consécutive me prélève d'un coup la cotisation maladie annuelle alors que nous nous étions mis d'accord sur un prélèvement trimestriel. Il faut à chaque fois rattraper le coup après moultes lettres recommandées. C'est désolant de constater que c'est une usine à gaz qui répète les mêmes bourdes année après année.

La mauvaise foi de l'Assurance Maladie qui applique des règles administratives pour faire du politiquement correct tout en sachant très bien qu'elle saccage un formidable système de santé que nous enviait la plupart des pays. La CPAM a créé une relation de défiance entre médecins et malades qui est délétère pour la société toute entière. L'alliance entre médecins et malades au service de la protection de la vie et des plus vulnérables me paraît sacrée. Une société qui n'y accorde pas de prix se prépare à de lourdes atteintes à la valeur de la vie sous de multiples formes.

La CPAM me téléphonait chaque mois me demandant où j'en étais de la télétransmission alors que j'avais clairement dit que je n'y participerais que lorsque cela deviendrait obligatoire. Je devais répéter le même laïus à chaque fois…

J'ai été récemment déconventionnée par la sécurité sociale pour un mois plus deux mois avec sursis (appréciez le vocabulaire qui vous assimile à un criminel) et j'ai choisi d'être déconventionnée à vie et pour la vie !

Avec toutes les recommandations et règles administratives j'avais l'impression de ne plus pouvoir faire de la médecine c'est à dire réfléchir de façon sereine à la problématique complexe et singulière de chaque patient.

 

Q : Compte-tenu du contexte actuel, et à titre personnel, est-ce que vous vous sentez menacée ? Et si oui, menacée de quoi ?

R : Je me sens moins menacée depuis que j'ai pris ma liberté. Je m'inquiète cependant pour l'avenir à cause du pouvoir de l'argent et des grosses sociétés. Elles instaurent des dictatures qui vident le travail de son sens en l'assujettissant à la seule valeur du profit.

C'est ce qui s'est passé dans les cliniques qui ont été en majorité achetées par des groupes. Un de mes collègues psychiatre me disait qu'il était tenu de voir 25 patients chaque matin dans la clinique où il travaillait. Il avait hâte que leur hospitalisation prenne fin pour pouvoir enfin leur parler et faire leur connaissance lorsqu'il les revoyait en ambulatoire dans son cabinet !

 

Q : Avez-vous déjà envisagé d’arrêter ou de partir à l’étranger ?

R : Oui bien sûr et je vais peut-être le faire.

 

Q : Comment avez-vous entendu parler de l’UFML ?

R : Par un collègue et lors d'une réunion au SML.

 

Q : Dans le message de l’UFML, quels sont les arguments qui vous ont convaincue d’adhérer ?

R : J'apprécie énormément les newsletters et les éditos qui disent les choses clairement avec force, pugnacité mais sans langue de bois et agressivité. Je trouve que les syndicats ont été incroyablement mous mais aussi chacun d'entre nous. Alors que j'étais en secteur 1 j'ai augmenté mes prix depuis 20 ans d'environ 10% tous les trois ans sans attendre les autorisations des syndicats et de la CPAM. Même si nous sommes syndiqués c'est aussi à chacun d'entre nous de prendre ses responsabilités dans son cabinet et de ne pas accepter l'inacceptable.

J'ai honte par rapport aux jeunes à qui nous léguons une situation délétère à cause de notre propre lâcheté.

J'ai un enfant en 4ème année de médecine. On les fait bosser comme des bêtes en exigeant une excellence intellectuelle pour ensuite les réduire à des maillons dociles et écervelés d'un service public et non pas au service du public.

 

Q : A votre avis, quelles sont les actions à mener en priorité ?

R : Je pense que la seule action à ce stade (ça fait 20 ans que ça dure) est le déconventionnement en masse. Tant que nous ne serons pas prêts à aller jusque là nous ne serons pas pris au sérieux. Si nous sommes très nombreux à le faire ce sont les patients qui vont aller dans la rue pour leur protéger leur médecine. Nous les médecins avons été acculés à la rue pour défendre nos honoraires, nous mettant de fait dans une position de commerçants qui n'a fait qu'accroître la méfiance à notre encontre orchestrée par le gouvernement.

 

Q : Comment voyez-vous le rôle spécifique de l’UFML parmi les différentes organisations de médecins ?

R : L'UFML me semble la seule organisation libre et qui porte un regard jeune, courageux et avec une certaine hauteur de vue sur les problématiques actuelles et à venir de la médecine en France.

 

Q : Souhaiteriez-vous ajouter quelque chose ?

R : J'ai deux questions :

De quel droit certaines mutuelles se permettent de ne pas participer du tout au remboursement des consultations de secteur 3 ne serait-ce qu'à la même hauteur de leur prestation pour les autres secteurs ?

J'aimerais bien savoir combien coûtent les mesures de contrôles et régulations diverses de la CPAM.

Ne sommes-nous pas face à un monstrueux gaspillage de moyens qui pénalise la qualité de la médecine sans réaliser les économies escomptées ?

Je suis souvent atterrée par le gaspillage qui règne dans les services publics où des employés sont par exemple maintenus en arrêt maladie pendant des mois en attendant la réunion d'une commission qui doit statuer sur leur reprise. Pendant ce temps le patient se sent inutile et perd confiance en lui et on paye un remplaçant ! C'est onéreux et contre productif sur le plan médical..

 

L’ UFML vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

 

Si vous souhaitez apporter votre propre témoignage, renplissez ce questionnaire et adressez le au Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 

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