Pigeons frondeurs

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D’où viennent ces pigeons frondeurs ?  

(parution originelle 12 12 2012)

« …S’il n’est pas légitime, pire s’il est scandaleux, de considérer que tout a une valeur d’achat, que tout a un prix, a fortiori lorsqu’il s’agit de rendre compte de la valeur d’un homme, le soignant, il est tout aussi violent de déconsidérer cet homme…  mais encadrer, limiter sans tact, ni mesure, c’est dire sans décence aux praticiens français libéraux : « vous ne le valez pas ». C’est ôter une grande valeur aux mains qui soignent pour restaurer cette santé sans prix et aux coûts et contraintes croissants … » 

Natacha Gérard, philosophe, in  Lettre ouverte à Madame la ministre de la Santé (automne 2012). 

l’envol

Par une pluvieuse soirée d’un dimanche d’octobre 2012, le docteur Philippe Letertre, spécialiste de chirurgie plastique et reconstructrice, à Nice, bien au calme chez lui, réfléchissait à la dernière nouvelle de la semaine.  

Le gouvernement estimant que les seuls actes à prendre en charge sont ceux inscrits dans la nomenclature, avait décidé unilatéralement et applicable immédiatement, que les actes de chirurgie plastique, non soumis à cette nomenclature, seraient soumis à la TVA au taux de 19,6% comme n’importe quel service, sans aucun préavis, ni aucun respect des devis signés au préalable par les patients.

Devant le côté arbitraire d’une telle décision –une diminution immédiate de 19,6% des honoraires en attendant la signature des nouveaux devis et l’information des patients- qui se rajoute à un sourd, profond, lancinant  et persistant malaise, le docteur Philippe Letertre se demandait comment contacter quelques uns de ses collègues plasticiens pour savoir s'ils partageaient son mécontentement.  Les “pigeons” étaient dans le vent grâce à la fronde des entrepreneurs de start-ups.   L’idée lui vint donc de créer une page sur Facebook, appelée « les médecins ne sont pas des pigeons. »  Sur cette page, il pensait recevoir la visite de quelques collègues concernés.

Quelle surprise !  Les pigeons affluaient en nombre toujours croissant, 10 000 en quelques jours!

La convergence

Pourquoi autant de médecins s’identifiaient-ils aux «pigeons»?  Expression pas très flatteuse !… Et pourtant, les médecins spécialistes et chirurgiens S2 d’abord, vinrent dire leur fureur d’être aussi peu reconnus par le gouvernement et l’administration de l’assurance maladie qui refusaient en chœur de réévaluer les tarifs remboursables, bloqués depuis 20 ans. 

Cette paupérisation imposée rend obligatoire un complément d’honoraires pour assurer le salaire des personnels, couvrir les coûts de leur micro-entreprise,  reposant sur les épaules d’un seul homme ou femme voire deux ou trois maximum et répondre aux avancées de la médecine dont les équipements deviennent de plus en plus onéreux et sophistiqués, déontologiqement obligatoires pour garantir l’excellence des soins. 

La colère

En pleine négociation sur l’avenir de la rémunération des soins (avenant 8), le mépris affiché par les autorités attisa  à son tour la colère des médecins généralistes et des spécialistes de Secteur 1 qui, eux, ont interdiction de demander plus que le tarif de la Sécurité Sociale.  

La blessure profonde, le mépris incisif des hauts fonctionnaires, l’absence totale de reconnaissance pour la valeur de leurs actes, la stigmatisation de leur profession qui devient un sacerdoce dans bien des cas, met le feu aux poudres. Facebook en quelques semaines devient la plateforme où près de 40 000 médecins (soit près d’un quart de l’ensemble du corps médical en activité libérale), rejoints par la suite par les autres soignants, se retrouvent pour déverser leur colère, leur angoisse, leur souffrance. 

L’union

De chacun, isolé dans sa pratique effrénée, monte un appel à l’union, une reconnaissance de ses soucis personnels au travers de ceux d’inconnus. Inconnus les uns des autres, oui, mais appartenant à un même corps et partageant les mêmes aspirations, les mêmes angoisses, les mêmes épuisements, les mêmes harcèlements, le même quotidien consacré à guérir, soigner, réconforter, sacrifiant jusqu'à leur vie personnelle. 

Le pot de terre contre le pot de fer

Un nouveau sujet d’angoisse apparaît : les mutuelles et la menace de leurs réseaux de soins (PL296).  Pendant que les médecins travaillent de plus en plus pour faire face à des charges en progression constante avec des rémunérations bloquées, les mutuelles affichent des résultats en milliards d’euro, mènent grand train, achètent de l’espace publicitaire aux heures de grande écoute, sponsorisent des courses de voitures, de régates et autres évènements sportifs, versant des salaires très élevés à leurs dirigeants, au détriment des remboursements des patients -leurs patients.  Ceux-ci sont de moins en moins bien remboursés pour leurs soins tout en voyant leurs cotisations augmenter d’année en année. 

Le gouvernement, l’administration et les mutuelles montrent du doigt le médecin "âpre, rapace, nanti" dans une campagne de dénigrement dont les termes rappellent certaines périodes révolutionnaires ou tribunaux populaires.  Le grand perdant de ce charivari, c’est le patient qui se voit mal remboursé, balloté entre des publicités anxiogènes et des comptables qui lui expliquent que pour être bien soigné il faut suivre « Cerise » et rejoindre la mutuelle XXX. 

L’Assemblée Nationale, puis le Sénat en Juillet 2013, a validé un projet de loi selon lequel médecins et patients seront bridés, encadrés, sanctionnés:

            le patient, pour être remboursé correctement, devra suivre le parcours de soins établi par sa mutuelle,

                 le médecin, sera contraint dans son exercice par des gestionnaires aux yeux braqués sur les courbes et les tableaux Excel qui définiront les soins à donner, pilotant la maximisation des recettes de leurs employeurs. 

Les patients pensent que leur médecin sera toujours accessible.  Oui, mais leurs remboursements seront diminués et leurs démarches seront compliquées par des offres contradictoires, remettant en cause la confiance qu’ils portent à leur médecin.

 Les patients, dans l’intimité du cabinet, se rapprochent de leur médecin lui redisent leur confiance.   “Docteur, je vous confie ma santé, bien sûr je vous fais confiance pour me défendre, je vous soutiens.”

L’espoir

Avec les semaines, et en nombre croissant, les médecins habitués  à gérer seuls l’urgence, la souffrance, la maladie,  à sauver les vies de leurs malades, grâce au soutien de leurs patients, reprennent courage, reprennent la lutte pour faire reconnaître la valeur du service qu’ils rendent à la communauté en général, retrouvent confiance en eux-mêmes.  Toutes spécialités, tous secteurs (1, 2 et 3), médecins du privé, médecins du public, internes, étudiants en médecine, professeurs d’université, alliés dorénavant aux autres soignants, tous relèvent la tête pour défendre, rénover et améliorer le système de soins à la française, un système solidaire à laquelle la France est si attachée.

 Petit à petit, en deux mois, la colère des « pigeons » s’est muée en plan d’actions, en besoin d’union, en force de reconstruction et de propositions.  C’est ainsi que chez les "pigeons" a éclos l’UFML, l’Union Française pour une Médecine Libre

L’UFML, porte-etendard de la lutte

Voici comment, une obscure soirée d’automne, est né un pigeon qui ne voulait plus être un pigeon tout seul, dont l’appel a été entendu par  plusieurs dizaines de milliers, comme en écho.  Le Printemps de la Médecine est en route, c’est l’UFML qui porte l’étendard, qui tisse la toile, qui unit, qui agit, qui propose. 

 La page Facebook « les médecins ne sont pas des pigeons » alimente au quotidien, pratiquement 24/7, des énergies insoupçonnées qui se conjuguent en une vague de fond.  C’est le creuset où se déroule une conversation ininterrompue en toute liberté.  Sa force ? Elle la puise dans un renouveau permanent du flux de posts (chacun lu de 6 à 10 000 fois). 

 Cette histoire commence à peine, l’UFML née en octobre 2012, en conjonction avec « les pigeons », écrit le deuxième chapitre de cette belle histoire qui ne fait que commencer, qui s'installe dans la durée de part la volonté et la détermination de ceux qui l'animent.

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